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Communiqué

Le 18 mai 2015 à 19 heures aura lieu le vernissage de l'Expo-Atelier « Au bout de nos ombres, la légende de l'amour sans fin ® », à la galerie Novera ou nous vous attendons pour voir les œuvres et écouter de la poésie et le récit du long chemin de la Méditerranée à la mer Noire, passant par l'île de Malte…

Galerie ouverte toutes les jours de 11h à 20h, du 18 au 25 mai 2015.

Expo-Atelier d’Arts, du 18 au 24 mai 2015

Galerie NOVERA: 2, rue Pierre Le Grand, 75008 PARIS, près de la Salle Pleyel

 

Recherche

13 septembre 2006 3 13 /09 /septembre /2006 17:23

La sémiotique est, comme l'architecture, une discipline constructive. Son objet particulier est la recherche des effets de sens produits par toute manifestation sociale. L'architecture d'un lieu, d'un bâtiment ou d'un espace urbain, mais également les actes de construction des édifices et des pratiques d'usages de l'espace constituent de telles manifestations sociales productrices d'effets de sens. Elles relèvent ainsi d'une sémiotique dont l'objet ne peut être distinct d'une réflexion théorique sur l'architecture.

Une rencontre entre architecture et sémiotique ne pouvait mieux trouver son lieu d'élection qu'en ce couvent de la Tourette, construit par Le Corbusier, point de convergence de regards attentifs et de lectures diverses, supports permanents de multiples effets de sens.

Complétant un premier ouvrage dédié à la sémiotique architec­turale, «Espace et Représentation», paru dans cette collection, «Espace et Construction» ouvre un nouveau chapitre essentiel pour une compréhension des procès de signification de l'espace. Il est le fruit du IIe colloque international de sémiotique de l'architecture organisé à l'Arbresle en 1982, par le Laboratoire d'Architecture n°1 de l'Unité Pédagogique n° 6.

ISBN 2-903539-08-1


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Emmanuel CRIVAT

UN HAUT LIEU: CE COUVENT

Avertissement

La théorie du langage, comme «théorie générale des systèmes de signification» a le même statut, en tant que théorie standard, dans le cadre des sciences humaines que la théorie du «big-bang», le modèle standard de la naissance de l'Univers, dans le cadre des sciences physiques.

Dans l'Univers actuel il y a un rayonnement fossile qui le remplit, un rayonnement rescapé de «l'Oeuf Cosmique»; dans le discours, il y a des traces des opérations antérieurement effectuées, comme, en français, le «si», qui, équivalent à oui», comporte la trace d'une opération de négation antérieure.

La théorie de l'architecture en tant que théorie d'un ensemble signifiant, constitue un des chapitres de la théorie du langage; un chapitre qui se distingue dans un premier temps des autres chapitres de par son caractère «visuel»: les concepts sont décrits dans un métalangage qui garde un certain degré de globalité à la lecture, une «liberté», dont on retrouve la trace dans le parcours de la ville.

Ce chapitre de la théorie du langage reste à écrire; vous trouverez donc ici, un aperçu «visualisé» au maximum et, dans la mesure du possible, global, de ce que nous appelons archisémiothéorie.

Introduction à l'atelier

En 1982 paraissait aux Editions Denoël/Gonthier, dans la collection. Médiations , la traduction française de The future of Architecture de Frank Loyd Wright (réédition): L'avenir de l'architecture, publié pour la première fois aux Editions Horizon Press de New-York en 1953. Cet «avenir de l'architecture» commence par l'évocation d'une maison que Ader, Sallivan et Wright avaient construite en 1893; ils y ont intégré quelques conférences de Londres sur l'Architecture Organique de 1937.

En 1953, Le Corbusier construisait le Couvent Sainte Marie de la Tourette et il était en train de finir son Modulor 2, qu'il publia en 1955; en 1982, le deuxième colloque de sémiotique architecturale (1) avait lieu au Couvent Le Corbusier.

C'est en développant cette coïncidence que nous allons bâtir l'introduction à notre atelier d'archisémiothéorie et ce n'est pas seulement par goût pour l'histoire, mais pour tracer les racines d'une sémioti­que architecturale avant la lettre qui se dégage de l'oeuvre des précur­seurs des post-modernistes, comme Le Corbusier et Wright.

En même temps, cette référence à Wright dont la George Barton House et la Darwin D. Martin House ont été analysées avec les moyens d'une syntaxe architecturale par P. Panerai et 1. Castex (2), nous permettra d'avoir une perspective différente de la nôtre, qui fixera mieux les rapports entre la sémiotique et l'architecture, telles que nous les concevons, ainsi que l'agencement interne des éléments architecturaux dans le cadre d'une théorie sémiotique de l'architecture.
Le Corbusier, promoteur du «standard-Modulorisé» fonctionnait, à le croire, suivant le modèle de la machine en trois temps:
Arithmétique - Texturique (Modulor) - Géométrique (tracés régulateurs), pour concevoir ces maisons, dans un «synchronisme de rapports arithmétiques, des richesses texturiques du Modulor et des tracés régulateurs (3): le phénomène éminemment visuel se développe sur un certain arrangement des parties de l'ouvrage, fondé lui, sur une opération très simple qui n'était pas de l'ordre du visible. Les moyens de composition: une suite de métalangages (spectacles variés) d'où résulte le produit (Une Architecture); «Architecture, standards, unité!».(5)
Et si la «répercussion d'une forme sur une autre, d'une surface sur une autre, d'une ligne sur une autre» trouble la cohérence grammaticale de l'unité (comme pour l'Unité d'Habitation de Marseille) on fait intervenir un métalangage dont la syntaxe prend les devants dans l'ordre du visuel: «polychromie si éclatante que l'esprit était arraché aux dissonances, emporté dans l'irrésistible torrent de sensa­tions colorées majeures». (6)
De Marseille à la Tourette, la figure de l'expression de l'habitacle est seulement re-proportionnée par un contenu chargé, mais le standard est conservé, un standard où forme et fonction vont ensemble.
De l'autre côté de l'Atlantique, «forme et fonction sont une» (7), mais il n'y a pas de standard, l'architecture de Wright est « organique»: la partie est au tout comme le tout est à la partie; l'architecte cherche le niveau profond d'où « un sens nouveau des valeurs de l'espace se faisait jour en architecture» (8), suivant les traces visibles au niveau de la manifestation - comme les objets «aérodynamisés» dans leurs formes - l'architecte cherche le langage propre de son époque. 

 

a. espace principal

 

b. espace paroi

 

c. espace support

 

L’exercice consiste en une opération d'étiquetage successif des éléments composants la maison en étude qui s'épuise dans un parcours relativement complet de lecture «à la grille», une grille qui, au départ fixe la position relative des termes de la taxinomie:

 

c b c

 

b a c

 

c b c

 

Notre recherche (exemplifiée dans ce qui suit sur le Couvent de la Tourette) part, elle aussi, d'une taxinomie en termes spatiaux, mais elle se différencie de la taxinomie citée précédemment, par le fait qu'elle est élémentaire; cela veut dire qu'elle est un exemple d'investissement du modèle constitutionnel de la structure élémentaire de la signification. (à suivre)

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1) Ce texte est le résultat de l'atelier: «Un haut lieu: ce couvent» à l'Arbresle, atelier que nous avons animé dans le cadre du deuxième Colloque de Sémiotique Architecturale: «Espace: construction et signification» (1982), organisé par le Laboratoire d'Architecture N°1 de l'Unité Pédagogique d'Architecture n°6, au Couvent de la Tourette, construit par Le Corbusier à l'Arbresle, sous la direction de Alain Renier.

2) GROUPE SYNTAXE, JEAN CASTEX, PHILIPPE PANERAI, Structures de ['espace archi­tectural dans Sémiotique de l'espace, Denoël/Gonthier, Paris, 1979, pp.61-93.

3) Le Corbusier, Modulor 2, Editions de l'Architecture d'aujourd'hui, Boulogne (Seine), 1955, p.235.

4)  Ibidem, p.239.

5)  Ibidem, p.244.

6)  Ibidem, p.247.

7)  EL. WRIGHT, L'avenir de l'architecture, Denoël/Gonthier, Paris, 1982, p.339.

8)Ibidem, p.193.

9)    Groupe Syntaxe, cf. supra, p.68.

11) Cette taxinomie a ses sources dans la distinction binaire de Louis Kahn : espace servant/espace servi.

12) A titre d'exemple voir: Christian NORBERG-SCHULZ, Architettura occidentale - Archi­tettura come storia di forme significative, Saggi/Electra Editrice, Milano, 1979.

13) A titre d'exemple voie: LE CORBUSIER, Le Modulor, essai sur une mesure harmonique à l'échelle applicable universellement à l'architecture et à la mécanique, Collection Ascoral, Edi­tions de l'Architecture d'Aujourd'hui, Boulogne sur Seine, 1948.

14) Stéphane LU PASCO, I:univers Psychique, Denoël/Gonthier, 1979.

15) Ch.s. PIERCE, The Philisophy of Pierce, edited by Justus Buchler, London, Regan Paul, 1940. Ch. S. PIERCE, Ecrits sur le signe (rassemblés, traduits et commentés par Gérard Deledalle, Editions du Seuil, Paris, 1978.

16) J.c. COQUET, I:Ecole de Paris, Hachette Université Paris 1982.

17) A.J. GREIMAS, 1. COURTES Sémiotique, Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Hachette Université, Paris, 1979.

A.J. GREIMAS, Du Sens 1, Seuil, Paris 1970. A.J. GREIMAS, Du Sens II, Seuil, Paris, 1983.

18)Ch. MORRIS, The Bases of the Theory of Sings, University of Chicago Press, 1938.

19)19) Max BEN SE & Elisabeth WALTHER, Woiterbuch der Semiotik, (Dictionnaire sémiotique), Cologne, Kiepenheuer & Witsch Verlag, 1973.

Max BENSE, Sémiotique, esthétique et design, dans A.A. n° 178, mars-avril 1975.

20) G.M. CANTACUZINO, «lzvoare si popasuri», Ed. Eminescu, Bucarest, 1977.

21) a) Arithmétique: arithmétique se prête à une opération simple de l'esprit. Deux et deux font quatre. Elle est saisissable, compréhensible (je n'ai pas dit: visible).

b) Texturique: Le Larousse l'explique: liaison, arrangement des parties d'un ouvrage, disposition des parties d'un corps.

c) Géométrique: Phénomène éminemment visuel enserrant des règles capables elles-mêmes de devenir un support d'harmonie et de poésie.

(Le Corbusier, Modulor 2, Discrimination, p.221)

22) Voir A.1. GREIMAS et F. RASTIER, Les jeux des contraintes sémiotiques dans Du sens I, Seuil, Paris, 1970, art. Carré sémiotique.

23) Voir les figures 6-13 qui sont une visualisation de quelques articles du Dictionnaire concer­nant l'univers sémantique, monde naturel ...

24) A.J. GREIMAS, Du sens I, p. 164.

25) Ibidem

26) A.J. GREIMAS, J. COURTES, Dictionnaire, p.31

27) Ibidem, article «Carré sémiotique», pp.29-33

28) Dans une analyse antérieure sur un fragment d'un roman de Balzac (M. CRIVAT, Texte et Architecture, Cahiers de sémiotique n° 1, Bucarest, 1977) nous avons proposé une distinction entre « le texte d'architecture» et «l'architecture dans le texte».

29) Une recherche intéressante est menée par Mariela Ionesco pour regrouper autour de chaque terme de possibles équivalences parasynonymiques dans des textes architecturaux (écrits par des architectes ou faisant allusion à l'espace construit) ; l'un des plus beaux exemples est un texte de H. Focillon, dans « Vie des formes », PUF, Paris, 1981. (7e édition, l"e éd. 1942) duquel on peut relever dans le parcours de la «alpha SA» : séjour des formes pour espace défini­toire, enveloppe pour espace défini. 

Des propositions de lexicalisation différentes nous ont été faites par Madeleine Arnold, entre autre: définissant pour définitoire (étant donné que « définitoire » n'existe pas dans le français «dictionnarisé»).

Par Guy Perrouin: espace d'usage vs espace d'ouvrage qui a remplacé: espace cherché vs espace créé.

30) On peut comparer l'espace définissant à l'espace principal et l'espace défini à l'espace paroi (voir plus haut).

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Published by Emmanuel CRIVAT - dans Sémiotique
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