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Communiqué

Le 18 mai 2015 à 19 heures aura lieu le vernissage de l'Expo-Atelier « Au bout de nos ombres, la légende de l'amour sans fin ® », à la galerie Novera ou nous vous attendons pour voir les œuvres et écouter de la poésie et le récit du long chemin de la Méditerranée à la mer Noire, passant par l'île de Malte…

Galerie ouverte toutes les jours de 11h à 20h, du 18 au 25 mai 2015.

Expo-Atelier d’Arts, du 18 au 24 mai 2015

Galerie NOVERA: 2, rue Pierre Le Grand, 75008 PARIS, près de la Salle Pleyel

 

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8 avril 2006 6 08 /04 /avril /2006 21:13

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LE CORRIDOR DE VASARI - FLORENCE

Elu «capo e principe de Florence» en 1537 par le Sénat des Quarante-Huit, Cosimo Ier de Médicis (1519-1574) ne tarda pas à décevoir ceux qui voulaient l’enfermer dans ses deux passions: la chasse et l’oisellerie. Quelques mois après, il concentrait tous les pouvoirs entre ses mains et devenait maître absolu de la ville, tout en restant l’allié fidèle de Charles-Quint, qui lui confirma son titre de Duc.

Dès 1540, Cosimo quittait le palais Médicis, s’installant au Palazzo Vecchio, et chargeait le peintre-architecte Giorgio Vasari d’y apporter un caractère plus solennel, notamment en ajoutant un podium « ducal » dans la Salle des Cinq Cents.

Après la conquête de Sienne et la paix du Cateau-Cambrésis, Cosimo épousa Eléonore d’Autriche, l’une des filles naturelles de Charles-Quint, qui acheta l’immense palais des Pitti, situé sur l’autre rive de l’Arno et bénéficiant de la fraîcheur des Jardins Boboli durant l’été. Après de gros travaux de rénovation, le couple s’y installa en 1561. Mais le Duc se vit confronter à nouveau aux problèmes du trajet, difficile sans escorte armée.

Cosimo rappela donc Vasari, alors occupé par la construction des Offices, et lui demanda de lui aménager un couloir aérien entre ses deux palais. Un itinéraire sûr fut vite tracé : une arche permettait de passer du Palazzo Vecchio aux Offices, que le Duc longeait jusqu’à l’Arno, tournant deux fois à droite et empruntant un long escalier aménagé dans l’immeuble adjacent, suivant ensuite le cours du fleuve par le Quai des Arquebusiers jusqu’au Ponte Vecchio, sur une solide colonnade couverte créée à cet effet.

Le Pont devait être rehaussé par le passage du couloir, avec de petites fenêtres grillagées d’où Cosimo pouvait observer la foule qui se pressait devant les boutiques d’orfèvres. Le passage se heurtait ensuite à l’épaisse Tour Mannelli, dont le propriétaire lui refusa d’abord la traversée, mais Cosimo obtînt de Vasari le contournement de l’obstacle par une consolidation du pont.

Le couloir surplombait ensuite par une autre arche la rue de Bardi et longeait la belle église de Santa Felicità, et après une dernière percée à travers des immeubles situés via Guicciardini,  se terminait par une double sortie, vers le jardin de Boboli et dans le palais Pitti.

Le Duc comprit immédiatement les avantages que lui conférait ce gigantesque ouvrage : éviter les mauvaises rencontres tout en marchant littéralement sur la tête de ses sujets, qu’il pouvait ainsi épier ou surveiller. On l’aurait cru inspiré par la légende de Priam, roi de Troie, dont le palais était relié par un couloir souterrain à celui de son fils Hector, ou plutôt par l’exemple de son parent Jules de Médicis, élu pape Clément VII en 1523, qui avait eu l’idée d’aménager un passage vers le Château Saint-Ange, pour l’éventualité d’une retraite précipitée. Il s’en était servi lors du sac de Rome de 1527, y demeurant coincé par les troupes autrichiennes sept mois durant.

Commencé en 1566, le corridor fut terminé en un temps record  (cinq mois ! Vasari s’attendait à cinq ans, ignorant la force de persuasion de son commanditaire), et fut inauguré par le mariage de l’héritier de Cosimo, François Ier de Médicis. Le fils de ce dernier, Ferdinand Ier, ajouta au Corridor un balcon ouvert sur la nef de Santa Felicità, d’où il pouvait assister à la messe sans être vu.

Après une première dotation par le cardinal Leopoldo de Médicis, fils cadet de Cosimo, le Corridor fut enrichi par plus d’un millier de tableaux, ajoutant aux disciples du Caravage une fabuleuse collection d’autoportraits de peintres, qui devait s’allonger à travers le temps. Lorsque la dynastie des Médicis s’éteignit en 1737, les nouveaux Ducs de Toscane (en fait des Lorraine) continuèrent à l’enrichir jusqu’à la fin de l’indépendance florentine, en 1799.

Quand Florence devînt capitale éphémère d’Italie (1865-1871), le roi Victor Emmanuel II céda  à la ville le Corridor, d’abord réservé à son usage privé.

En 1938, pour une visite du Führer allemand, des fenêtres furent élargies sur le parcours du Ponte Vecchio, afin de permettre une vue exceptionnelle sur l’Arno.

En août 1944, alors que la Wehrmacht avait bloqué les Alliés sur l’Arno, en faisant sauter tous les autres ponts, la Résistance italienne utilisa le Corridor pour communiquer avec les partisans de l’autre rive. L’épisode est illustré par Roberto Rossellini dans un de ses plus grands films, PAISA (1946).

Durant la seconde moitié du siècle dernier, le Corridor s’était fait discret, partagé entre les Mannelli et les autres propriétaires des immeubles concernés. Il venait d’être restauré lorsque les terribles inondations du printemps 1966 l’affaiblirent gravement. L’Arno avait déjà emporté l’ancien pont en 1333, mais la catastrophe de 1966 laissa des traces encore visibles.

En mai 1993, alors qu’il allait être ouvert au public, le Corridor fit l’objet d’un attentat perpétré par la Mafia, qui réussit à faire exploser une bombe au bas de l’escalier monumental, détruisant plusieurs chefs d’œuvre. Tout fut réparé et restauré, et le Corridor put ouvrir en 2000, sur rendez-vous seulement.

Je suis l’un des  amoureux de Florence, malgré les invasions perpétuelles des touristes. Apprenant la réouverture du Corridor, j’ai demandé à la Direction des Offices un permis de visite, obtenu sans difficulté en mai 2000.

A 11 heures précises, deux accompagnateurs nous accueillent aux Offices et nous conduisent à travers les groupes de touristes jusqu’à la porte d’entrée (blindée) de l’escalier monumental de 60 marches, extraordinairement calme loin de la foule qui grouillent dans la Galerie.

Le premier choc est éprouvé devant Le dîner de mariage, par Gerris van Honthorst (dit Gérard de la Nuit, à cause de la lumière concentrée par une seule source), où une dizaine de comparses s’agitent dans la pénombre, alors que la mariée reste figée par l’éclairage du peintre, comme si elle regrettait déjà sa décision, en refusant le verre de vin plein que lui tend un convive à l’air époustouflé…

Un second tableau du même auteur a été détruit par l’attentat de 1993.

Entre l’escalier et la section longeant le quai des Arquebusiers, deux sujets bibliques retiennent notre attention : d’abord un Judith et Holopherne, par Artemisia Gentileschi, fille d’un disciple du Caravage, où l’héroïne est montrée au début de son « travail », pendant qu’elle sectionne, au glaive, la tête du vilain immobilisée par une complice. Tableau stupéfiant par son réalisme, surtout si l’on sait que l’artiste y  met toute la fureur accumulée depuis son propre viol par l’une des mauvaises relations de son père, alors que son visage respire déjà l’horreur inspirée par son geste. La complice, elle semble beaucoup plus déterminée.

Un tableau semblable, le David avec la tête de Goliath, par Guido Reni – fortement influencé par le Caravage, mais avec un contraste des couleurs et une froideur inhabituelles chez le maître. Il me fait penser à la Loggia dei Lanzi, où le Persée de Cellini, brandissant la tête de la Méduse, devait reprendre sa place le lendemain, après cinq ans de restauration.

C’est peut-être dans l’Amour et Psyché, de Giuseppe Maria Crespi, ami de Ferdinand de Médicis, que l’on trouve poussée au maximum la science du clair-obscur perfectionnée par le Caravage,  peinte presqu’un siècle après la mort tragique du grand artiste.Partant d’une source réduite à une lucarne, la lumière inonde presque toute la toilage les reflets des corps nus et de la literie.

L’école napolitaine est bien représentée par Salvator Rosa, Caracciolo et Lucas Giordano; ce dernier a laissé au Corridor un bel autoportrait, un peu perdu dans l’interminable collection qui occupe presque toute la seconde partie du Corridor, d’où ressortent cependant les autoportraits de Rubens, Rembrandt…et Vasari lui-même.

C’est celui de Rembrandt qui est le plus connu, car on le retrouve dans presque tous les albums du monde. L’artiste semble y trôner avec un calme olympien, le visage presque jaillissant du clair-obscur, les lèvres serrées comme s’il se fichait du qu’en-dira-t-on…Par contraste, celui de Rubens semble beaucoup plus effacé, comme si le peintre ne faisait que passer, le visage encadré d’une belle barbe rousse et la bouche un peu tendue, comme s’il nous invitait à regarder ailleurs…

Peint juste après l’achèvement du corridor, l’autoportrait du constructeur nous attire  par son air à moitié satisfait, les mains posées en bas du cadre, comme s’il voulait nous dire : « vous n’avez pas encore tout vu…

Car la  grande surprise est pour la fin : un autoportrait de Chagall, don personnel de l’artiste, synthèse toute en bleu de sa vie, avec la fiancée  Bella et le coq d’or, symbole de sa Russie natale, sur un fond de Notre-Dame évoquant pour le peintre «sa seconde Vitebsk».

A la sortie vers le jardin de Boboli, on nous donne le choix entre quitter le Corridor ou refaire le trajet de 700 mètres et revoir les Offices. Nous optâmes pour le second, en refranchissant les cinq portes blindées, ouvertes et refermées après chaque passage. Nos accompagnateurs prirent ensuite congé, refusant tout pourboire. Mais après une pause au Bar de la Terrasse, il nous fallut renoncer à revoir les Botticelli, etc., totalement obstrués par les groupes qui avaient rempli toutes les galeries du Musée. Ce sera pour la prochaine fois, car une seconde visite s’impose!

Il est cependant difficile de ne pas s’interroger sur la malédiction qui semble poursuivre ce chef d’œuvre d’architecture urbaine, peut-être à cause de l’idée même de sa conception: se rendre invisible tout en épiant ses sujets, pour renforcer un pouvoir déjà absolu.

Pour en finir, nous invitons tous ceux qui considèrent les peintres de la Renaissance comme des «photographes» à parcourir cette merveilleuse collection. S’ils conservent leur scepticisme, ils le perdront sûrement trois cents kilomètres plus au Sud, dans les magnifiques Stanze di Raffaello du Vatican, et tout spécialement dans le tableau consacré à l’Incendie de Rome…

Harry Carasso

Sources: Guide Gallimard de Florence, 2000

Il Percorso del Principe, par Pauline Pruneti, Editions Sillabe, Livorno, 2001

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VOIR AUSSI ALBUM PHOTOS ROME

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commentaires

Harry CARASSO 20/05/2008 10:30

En Novembre 2007, après l'avoir découvert sur le film à la TV, j'avais ajouté après le paragraphe
"En 1938, pour une visite du Führer... afin de permettre une vue exceptionnelle sur l'Arno":
"En août 1944, alors que la Wehrmacht avait bloqué les Alliés sur l'Arno, en faisant sauter tous les autres ponts,
la Résistance italienne utilisa le Corridor pour communiquer avec les partisans de l'autre rive. L'épisode a été illustré par Roberto Rossellini, dans le dernier épisode de l'un de ses plus grands films, PAISA (1946)."
Buon viaggio, e buona fortuna!
HC

gisele poli 04/02/2008 16:17

Je voudrais savoir qui a eu l'idée d'iventer des corridors dans les palais et les châteaux. J'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'un certain Corridoio qui les avaient créés.....pour pouvoir accrocher des tableaux. A l'époque, les pièces donnaient les unes dans les autres, en enfilade.L'idée de génie devait changer en même temps les règles de l'habitat, mais également celles de la vie ensemble, apportant une intimité ignorée.Mezrci de confirmer

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